Ce jeudi 12 décembre, le ministre de la Culture Franck Riester a réuni les professionnels de la musique autour du futur Président du Centre National de la Musique, Jean-Philippe Thiellay. Cette première prise de parole a permis d’apporter des éclairages sur les chantiers à mener tout en soulignant l’ampleur de la tâche à accomplir.

Après de nombreuses années de débats, il est temps de passer à l’action, et de se donner les moyens du succès. Nous avons besoin d’un signal fort de l’Etat, et d’éclaircissements sur les différentes questions qui restent à ce jour en suspens.

La création du CNM est d’abord une formidable opportunité : celle de reconnaître enfin le rôle vital qui est joué par la musique dans notre pays, et de lui donner tous les moyens de se développer encore davantage au service de notre économie et de notre société. La musique est avant tout une forme d’art de vivre, qui nourrit l’épanouissement de chacun et le lien entre tous : les Français ne s’y trompent pas, eux qui la considèrent comme leur loisir préféré, devant la lecture et le cinéma. Et, ce faisant, ils en font un moteur incontournable de notre économie, qui créé de l’emploi non délocalisable et de l’activité dans tous les territoires. La musique aujourd’hui, c’est une source de revenus pour plus de 256 000 personnes en France !

Pourtant, la musique reste l’un des parents pauvres de nos politiques culturelles, comme l’ont remarqué Roch-Olivier Maistre dans son rapport sur le projet de CNM de fin 2017, puis les députés Emilie Cariou et Pascal Bois dans leur rapport de préfiguration publié en février 2019.

Ce constat est désormais partagé autant par l’Etat que par les professionnels de la musique : c’est en soi une heureuse nouvelle, qui doit nous engager à agir collectivement, et qui appelle une impulsion forte de la part des pouvoirs publics. Les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique attendent du nouvel établissement public qu’il prenne enfin en compte la création, sa diversité et son économie, tant dans les mécanismes d’aides qui restent à inventer, que dans les études qui devront être menées.

Au regard de cette feuille de route, la Sacem a pris toutes ses responsabilités dès la mission de préfiguration du CNM. Aux côtés des organisations professionnelles, nous avons poussé cinq propositions concrètes et ambitieuses pour enfin donner à la musique toute la place qui doit être la sienne au sein de notre économie et de notre société :

  1. Créer un fonds de soutien aux auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, financé sur fonds publics, comme l’avaient préconisé les députés Emilie Cariou et Pascal Bois dans leur rapport.
  • Orienter les programmes d’aide à l’export pour mieux répondre aux besoins des auteurs, compositeurs, et éditeurs dans leur développement international. En effet, la musique reste l’une des industries les moins soutenues à l’export, alors même que les industries culturelles et créatives s’exportent deux fois mieux que les autres, avec une hausse de 16%.
  • Mettre en place un crédit d’impôt en faveur de l’édition musicale, car il est incompréhensible que les éditeurs soient les seules entreprises de l’économie de la musique à être exclus d’un dispositif par ailleurs vertueux.
  • Placer l’innovation et les nouvelles technologies au cœur de la stratégie du CNM ; notamment en s’inspirant de l’idée d’une « blockchain de la filière musicale ».
  • Doter le CNM d’un observatoire de l’économie de la musique et d’un pôle d’études, afin de mieux connaître et mieux comprendre les nouveaux défis de la musique, des auteurs et des créateurs, et donc mieux pouvoir y répondre.

La mission de préfiguration du CNM avait confirmé que certaines de ces propositions – par exemple la création d’un fond de soutien aux auteurs – étaient retenues et figureraient dès 2020 au rang des priorités du futur CNM. Nous nous en réjouissons, mais de nombreuses étapes importantes restent encore à franchir. Les belles intentions ne suffiront pas, ni les feuilles de route sans moyens.

D’une part, l’investissement de l’Etat devra être à la hauteur de l’ambition du CNM, et des défis auxquels fait face le secteur musical. Le budget annoncé dans le cadre de la loi de finances, soit 7,5 millions d’euros supplémentaires en 2020 au démarrage du CNM, doit être considéré comme la première étape d’une plus grande ambition. Il sera indispensable d’abonder ce financement public, de manière significative et durable.

D’autre part, il reste urgent d’apporter des réponses claires et définitives aux interrogations relatives à son fonctionnement, sa gouvernance, son financement et la représentativité de toutes les esthétiques et de tous les métiers de la filière musicale en son sein.

Ces différents enjeux rendront plus nécessaire que jamais le renforcement du dialogue entre les acteurs de la musique, ainsi que la concertation de leur réflexion et de leur action. La Sacem souhaite y apporter pleinement sa contribution, en jouant un rôle constructif au sein du Conseil d’administration du CNM. Mais nous resterons vigilants pour défendre les intérêts des auteurs, compositeurs et éditeurs, main dans la main avec les organisations professionnelles.

Crédit photo : Marc Chesneau