Lundi soir, les Grands Prix Sacem se sont ouverts avec les voix de la chorale des écoliers de Bondy. Ils ont interprété pour nos 2 000 invités, plusieurs morceaux incontournables de Marie Laforêt, Mick Micheyl, Nilda Fernandez ou encore Taxi Girl.

Quelle plus belle introduction aurait-on pu imaginer pour une soirée qui honore la création musicale ? En chantant, ensemble, devant une salle Pleyel remplie, les écoliers de Bondy rendaient plus que jamais vivantes les œuvres de notre patrimoine collectif. Cette séquence illustrait aussi concrètement le chemin encourageant qui a été parcouru depuis le lancement du « plan chorale » de Jean-Michel Blanquer, dans un pays qui s’est longtemps singularisé par la faiblesse de son éducation musicale.

Souvenons-nous du tournant engagé en 2008, quand les trois heures hebdomadaires consacrées à l’éducation musicale et aux arts visuels ont cédé la place aux « pratiques artistiques et à l’histoire des arts ». Avec cette réforme, les arts ont été considérés comme un enseignement de culture générale, et non plus comme une pratique, marquant de fait la disparition du solfège et des flûtes à bec dans les programmes. Cette décision équivalait à supprimer l’apprentissage d’une langue vivante, car la musique est un art à double clé : une langue à déchiffrer – le solfège – et une pratique à maîtriser – celle des instruments de musique. Ne pas l’enseigner dans les études générales, c’était condamner l’essentiel de la population à en être privé.

La Sacem était la première consciente de ce danger, elle qui depuis longtemps souligne l’enjeu éducatif majeur que représente l’accès de tous à la pratique musicale. Les neurosciences le prouvent : la pratique musicale en groupe favorise l’épanouissement et l’équilibre de l’enfant. Elle offre à chaque individu les clés de son émancipation, tout en lui insufflant le sens du collectif. L’engagement dans une chorale favorise la pensée créative, la discipline personnelle, le respect de soi et de l’autre, le goût de l’effort et la contribution à une œuvre plus grande que soi.

Le rôle éducatif de la chorale n’est d’ailleurs plus à démontrer : dans les classes d’orchestre en zone d’éducation prioritaire, où le taux d’abandon de la scolarité à 16 ans est très élevé, on trouve des taux de poursuite d’études de 80%. Faire rentrer la musique à l’école est un investissement rentable pour lutter contre l’échec scolaire, nourrir le vivre-ensemble.

Forte de ces convictions, la Sacem s’est donnée des moyens concrets de soutenir l’éducation culturelle et artistique, la pratique musicale collective en milieu scolaire, la création et la diffusion d’œuvres pour le jeune public. Nous avons créé l’opération « Les Fabriques à Musique », en partenariat avec le ministère de la culture et de l’éducation nationale, qui permet aux élèves de découvrir le processus de création avec des auteurs compositeurs, en participant au travail d’écriture et de composition. Sur tout le territoire français, ce sont plus de 13 200 élèves qui ont travaillé avec près de 450 auteurs et compositeurs, et plus de 160 projets aux univers variés (électro, chanson, jazz, musique de film, musique classique.) sont actuellement en cours. Nous accompagnons des acteurs clés de l’éducation artistique en France : l’association « Orchestres à l’Ecole », qui depuis plus de 10 ans accomplit un travail remarquable, en faisant exister près de 1 500 classes orchestres, mais aussi les JM France par exemple.

En 2017, à la veille des élections présidentielles, avec l’association Tous pour la musique, nous placions en tête de nos 13 propositions, une ambition : celle de créer « une chorale ou un orchestre dans chaque école ». Nous avons accueilli avec beaucoup d’enthousiasme, dès son annonce, le « plan chorale » lancé par Jean-Michel Blanquer, qui nous faisait lundi soir l’honneur de sa présence. Nous nous reconnaissons totalement dans la priorité donnée à la pratique régulière et collective de la musique. En rendant obligatoire la création des chorales, ce plan répond concrètement à la « pénurie d’offre » dont souffre depuis longtemps la France pour son éducation musicale. Faute de places disponibles, moins de 5% des enfants français sont inscrits dans un conservatoire, contre près de 35% des enfants suédois !

Aujourd’hui, grâce à l’engagement des enseignantes et des enseignants, le plan Chorale a porté ses fruits : ce sont désormais 85% à 87% des collèges qui disposent de leur propre chorale, et 70% à 75% des écoles primaires.

Je m’en réjouis, et je propose aujourd’hui d’aller encore plus loin, en mettant les chorales au service de notre vivre-ensemble européen. De la même manière qu’elles créent un lien fort et essentiel entre les écoliers de tout le territoire français, les chorales peuvent contribuer à renforcer et fédérer notre appartenance à une même culture européenne. Comment mieux symboliser notre identité commune dans la diversité, sur tout le continent, que d’entendre une chorale de jeunes Français chanter une berceuse allemande, ou de jeunes Espagnols chanter une chanson polonaise ? Dans mon livre « Et si on recommençait par la culture », je propose ainsi d’encourager les enfants à apprendre au moins une chanson dans une autre langue européenne. Chanter ensemble, c’est vivre ensemble : faisons-le à l’unisson, dans toute l’Europe !