France Creative, mouvement commun des acteurs de la culture né en 2012, vient de publier à l’occasion du lancement des Etats Généraux de la Culture le 28 novembre par Bruno Lemaire, Ministres de l’Economie et des Finances, Jean-Yves le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, et Franck Riester, Ministre de la Culture, son 3e panorama des industries et secteurs culturels et créatifs (ICC).

Comme pour les précédentes éditions, France Créative s’est appuyée sur le savoir-faire des équipes d’EY pour étudier les arts visuels, la musique, le spectacle vivant, le cinéma, la télévision, la radio, le jeu vidéo, le livre, la presse, la publicité et la communication.Mais pour la première fois cette étude a été co-construite par EY et le Département des études et de la Prospective du Ministère de la Culture.

Plus encore que les chiffres qu’elle révèle, l’importance de cette étude réside dans le moment et la manière de son lancement, qui concrétise un new deal dans la structuration et la prise en compte par l’Etat des filières culturelles. Et dans la construction de ce new deal, la dynamique insufflée par France Créative a été décisive.

Reprenons le fil de l’histoire. En octobre 2012, nous nous retrouvons, plusieurs patrons des secteurs culturels, dans les bureaux de Nicolas Seydoux, Président de Gaumont. Sont présents, également pour le cinéma, Guy Verrechia, président d’UGC ; pour la musique Stéphan Bourdoiseau, PDG du label Wagram et moi-même ; pour le livre, Vincent Montagne, PDG de Média-Participations et président du Syndicat national de l’édition, ainsi qu’Antoine Gallimard, et Arnaud Nourry, PDG de Hachette. Nous partageons le même sombre constat : l’image des acteurs de la culture auprès des décideurs publics et privés a subi des dernières années une profonde dégradation. Les secteurs culturels sont souvent décrits comme coûteux pour les finances publiques, indûment protégés par des régulations jugées dépassées, ou supposés avoir raté la révolution numérique. Avec à termes, le risque de perdre le soutien à la Culture et aux politiques culturelles.

Il fallait changer de posture et surtout faire évoluer l’image des secteurs culturels : j’ai proposé de se rassembler dans une démarche nouvelle consistant à assumer un discours où la Culture « marcherait sur ses deux jambes » : son importance symbolique et sociétale d’une part ; et d’autre son poids économique et social, très mal connu en raison de l’aspect « mosaïque » de nos secteurs.

Et c’est ainsi qu’a été lancé la dynamique France Créative, et le premier Panorama des secteurs et industries culturels « pour se compter et pour compter ». Acteurs publics, acteurs privés, une vision commune nous rassemble toujours au sein de France Créative : non seulement les secteurs culturels ne sont pas un problème, au sens des clichés sur leur coût budgétaire par exemple ; mais ils sont une solution vitale aux graves difficultés qui menacent notre pays.

En nous rassemblant dans un collectif informel, devenu une modeste association en 2017, grâce à nos Panoramas EY qui ont mesuré le poids économique des secteurs culturels, nous avons contribué à changer les choses. Ainsi, l’Etat a intégré en 2014 la culture parmi les six familles prioritaires à l’export, au côté de la ville durable, de la santé, de l’agro-alimentaire, de la communication et du tourisme. Ensuite, en 2017, la culture est devenue l’un des secteurs que l’AFD finance. Enfin, en septembre 2019, 37 ambassadeurs et ambassadrices se sont vu confier une mission prioritaire sur les industries et secteurs culturels, dans des pays à fort potentiel à l’export.

Sur le fonds, trois faits m’ont frappé en lisant cette étude.

Premièrement, nous, les secteurs culturels, sommes une solution essentielle à la question de l’emploi, notamment des jeunes, dans notre pays. Un seul chiffre : la part des moins de 30 ans qui travaillent dans la culture est de 22,6% contre 18,8% pour le reste de la population active. Ces emplois sont présents sur tout le territoire ; et contrairement à d’autres industries, ils sont en très large majorité non délocalisables. Illustration concrète de ce point, la Sacem a reçu le 28 novembre au Ministère de l’Economie et des finances, dans le cadre des Trophées de la Diversité, un Prix pour action avec Mozaïk RH dans la formation de jeunes issus de territoires moins privilégiés.

Deuxièmement, nous sommes une économie mosaïque, avec des situations très contrastées.

Bonne nouvelle, notre croissance s’est poursuivie entre 2013 et 2018. Situation en revanche préoccupante, certains secteurs, comme la presse, se trouvent en décroissance.

Et surtout, nos secteurs reposent tous sur des individus innovants mais particulièrement fragiles, les créateurs et créatrices. Ils sont à la fois le maillon le plus fort – car ils sont à l’origine des œuvres, donc de toute la chaîne économique -, mais aussi le maillon plus faible de nos économies Et c’est pourquoi nous restons très attentifs aux développements en cours concernant leurs droits sociaux et particulièrement leur retraite. 

Troisièmement, les secteurs culturels sont au cœur du rayonnement et de l’attractivité de notre pays. Un seul chiffre suffit à l’illustrer : entre 2008 et 2016, les exportations de biens culturels ont augmenté de 16%, soit deux fois plus vite que les autres secteurs économiques français.  En tant que Fédérateur des Industries culturelles à l’export, je peux témoigner combien sur ce sujet, la dynamique entre acteurs publics et privées peut être fructueuse, et combien elle est nécessaire. A l’export, notre culture est un atout économique autant que qu’un enjeu de souveraineté. La France doit d’autant moins être frileuse sur ses actions de soutien, que la Chine comme les Etats-Unis, et bien d’autres, poursuivent sans états d’âmes sur ces secteurs une politique qui combine un très fort protectionnisme intérieur à un expansionnisme assumé dans le monde.