Nous ouvrons aujourd’hui le Musée Sacem sur Internet.

Musee

De Carmen (de Georges Bizet, déposée en 1875) au Chant des partisans (d’Anna Marly pour la composition, de Maurice Druon et Joseph Kessel pour les paroles) en passant par La causerie antialcoolique de Fernandel, Les copains d’abord de Brassens, Psyche Rock de Pierre Henry, Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy, ou Tomber la chemise de Zebda, ces airs et ces œuvres -et bien d’autres encore- forment la toile de fonds de nos histoires personnelles, familiales, mais aussi de l’Histoire nationale.

Les archives de la Sacem, ce sont 167 ans d’histoire de la création, et c’est notre patrimoine culturel commun. Le Musée en ligne de la Sacem ouvre aujourd’hui, pour partager avec toutes et tous ces pépites, pour la plupart inédites.

Quelle émotion lorsque l’on découvre ces documents signés de la main de Paul Verlaine –qui, à la question « Profession », répond sur sa fiche professionnelle : Homme de Lettre-, de Giuseppe Verdi, de Serge Gainsbourg ou d’Édith Piaf !

Gestion collective

Mais au-delà de l’aspect patrimonial et sentimental qui nous lie à ces créatrices et créateurs, le partage de ces archives permet également de montrer concrètement, par la preuve documentaire en quelque sorte, ce qu’est vraiment la Sacem et comment fonctionne au quotidien la gestion collective.

Les premiers cahiers listant les adhésions des sociétaires, par exemple, où l’on voit apparaitre en décembre 1857 le nom et la signature de Rossini, ou en février 1861 de Richard Wagner, font littéralement toucher du doigt le fait que, dès sa naissance, la Sacem était une « Internationale de la création ». Cette ouverture internationale, ancrée dans son ADN, se retrouve aujourd’hui avec les 20 000 membres issus de 166 pays qui en font l’ONU des artistes !

musee expositions

Diversité

De même, au fil des documents, on réalise à quel point la Sacem est la maison de toutes les musiques, mais également d’une grande variété de répertoires autres. L’humour bien sûr –en témoigne entre autres l’examen d’entrée en vers libre de Fernand Raynaud- ; la poésie –avec la déclaration signée par Aimé Césaire du Cahier d’un retour au pays natal mis en musique par exemple- ; mais aussi l’audiovisuel, comme le montrent l’adhésion de Jean Renoir, ou l’examen d’entrée passé par Jacques Prévert en tant qu’auteur-cinéaste, sur le thème « Retour de courses. Le mari, la femme et l’ami se communiquent leurs impressions. Seul le mari a gagné. ».

histoire oeuvre

Par-delà la diversité qui caractérise les membres et les répertoires de la Sacem, ces archives sont aussi un témoignage passionnant et inédit des liens qui unissent les artistes à leur maison, depuis toujours. Les correspondances sont multiples, mais elles ont toutes en commun une vision de la Sacem comme « la maison des créateurs », l’endroit où l’on est reconnu par ses pairs, où l’on entre dans le métier.

Certains abordent d’ailleurs le sujet avec humour et légèreté, comme Boris Vian, alors sociétaire « stagiaire » qui en 1958 écrit au Président de la Sacem, le compositeur George Auric en lui demandant ce qu’il faut faire pour accéder à la catégorie supérieure -celle des sociétaires professionnels : « Suffit-il de le demander poliment ? Ou bien faut-il passer des examens (j’adore ça…) ».

Les nombreux examens d’entrée numérisés attestent de l’importance de ce rite de passage dans la vie professionnelle des artistes. L’examen a perduré jusqu’aux années quatre-vingt-dix, qui ont vu se démocratiser les compositions musicales assistées par ordinateur, et où il n’était plus nécessaire d’avoir eu une formation musicale formelle pour composer. Mais auparavant, presque toutes et tous, se prêtaient à la tradition qui consistait à venir, rue Saint-Anne, puis rue Chaptal, puis à Neuilly, plancher sur un sujet imposé en tant qu’auteur, compositeur, auteur-mélodiste, arrangeur ou auteur-cinéaste ! L’examen réussi, votre nom était affiché un mois dans le hall de la Sacem, marquant officiellement votre entrée dans le métier de création !

Pourquoi un Musée Sacem ?

D’abord pour mettre en lumière celles et ceux qui sont à l’origine et au cœur du processus créatif dans la musique et dont le rôle est trop souvent méconnu : les auteurs, les compositeurs et les éditeurs. À ce titre, les deux chambres syndicales des éditeurs, la CSDEM et la CEMF, sont partenaires du Musée. Retronews, le site de presse de la BNF, la BNF Collection sonore, La Discothèque de Radio France et le Phono muséum le sont également.

Deuxième raison d’être, pour contribuer à une action pédagogique pleine d’actualité sur l’importance du droit d’auteur et de la gestion collective comme modèles étroitement liés l’un avec l’autre, héritier de la Révolution Française qui sont plus que jamais essentiels au financement d’une création vivante et indépendante.

« L’avenir appartient aux hommes qui ont la plus longue mémoire » écrivait Nietzsche. C’est aussi pourquoi ce travail mené avec les organisations professionnelles des éditeurs -la Chambre Syndicale de l’Édition Musicale (CSDEM) et la Chambre syndicale des Éditeurs de Musique de France (CEMF)-, pour faire rayonner les répertoires et les créatrices et créateurs, est essentiel. Avec 33 millions de documents archivés, couvrant 167 ans d’histoire, la longue mémoire de la Sacem est l’un de ses atouts pour envisager l’avenir avec confiance et détermination.