« On est plus le fils de son époque que le fils de son père » dit un proverbe africain. Dans le secteur de la musique en Afrique, les deux propositions sont vraies. On ne compte plus les grandes dynasties de musiciens africains, dont la musique et le talent se transmettent comme un héritage de génération en génération. Les musiques africaines sont la matrice des « musiques actuelles ». La Sacem compte ainsi parmi ses membres des légendes du continent, comme Myriam Makeba, Cesaria Evora, Manu Dibango, Fela ou Johnny Clegg & Savuka.

Les jeunes artistes africains d’aujourd’hui font évoluer les genres, les mélangent et démontrent une créativité sans limite à l’image du continent tout entier, et partent à la conquête du monde.

De Lagos à Johannesburg, de Bamako à Abidjan, de Brazzaville à Maputo, ces artistes appartiennent à une génération conquérante, audacieuse, décomplexée. Ils sont aussi les enfants de leur époque, n’hésitent pas à innover et participent au renouvellement de l’image de l’Afrique. Si la musique imprègne le quotidien des Africains, ils savent également que leur musique est source d’inspiration des créateurs à travers le monde.

C’est notre fierté, à la Sacem, de contribuer à leur émergence ou à leur reconnaissance internationale, par exemple avec les artistes qui se produiront ce soir à la Sacem African Night du Midem, Adango, Kiff No Beat et Yemi Alade.

video1

Adango

 

En Afrique, 60% de la population a moins de 25 ans, et d’ici 2035 le continent sera plus peuplé que la Chine et comptera 90% des Francophones du monde. La jeunesse africaine fait preuve d’une inventivité et d’une créativité remarquables. Les start-ups fleurissent partout, la technologie et le numérique transforment le continent et la contribution de l’Afrique à l’innovation est désormais reconnue par tous.

Du monde entier, les grands acteurs des industries culturelles prennent le chemin de l’Afrique où ils espèrent trouver des relais de croissance. Universal, Sony, Spotify, Tencent, Netflix, autant de géants des contenus qui bâtissent leur stratégie africaine. Idem parmi les entreprises françaises des industries culturelles et créatives ou des télécoms, comme Vivendi, Orange, Trace, RFI ou Lagardère.

Comme le montre le succès mondial de Black Panthers, les pays qui comptent une forte diaspora, comme la diaspora afro-française, ont un avantage qu’ils doivent savoir mettre en valeur pour renforcer leurs liens économiques et culturels avec l’Afrique. Attention aussi au risque de croire les situations acquises ! Un exemple : le prestigieux Berklee College of Music ouvre une antenne au Gabon, mais ses partenaires fondateurs sont exclusivement américains… De même, le Goethe Institute, les Britanniques de la BBC, le Qatar ou la Chine développent une politique de coopération culturelle extrêmement forte en Afrique.

video2

Kiff No Beat

 

Le bond technologique est impressionnant sur un continent où tant reste à faire. Le mobile est devenu le couteau suisse des Africains, utilisé par 600 millions de personnes. Quand j’étais patron d’Orange Mobiles en France, il y a une dizaine d’années, nous étions frappés de voir que les opérateurs mobiles africains avaient lancé le paiement par mobile longtemps avant l’Europe. Au Nigéria le marché du streaming musical devrait représenter 85 M$ en 2020, un montant multiplié par deux en 5 ans.

Mais ce constat d’une Afrique en plein essor, innovante et créatrice, ne doit pourtant pas faire oublier le chemin qui reste à parcourir. Dans la plupart des pays, le cadre légal reste fragile, voire inexistant, pour permettre une rémunération des auteurs et compositeurs et des éditeurs de musique. Le piratage fait des ravages et freine la structuration d’un marché légal. Les équipements manquent pour les tournées, mais aussi la formation et la professionnalisation des divers métiers.

Les créateurs africains sont aussi pénalisés par une gestion collective souvent totalement défaillante. Faute d’efficacité et de transparence dans leur gestion, les créateurs se défient souvent des sociétés nationales. L’Afrique du Sud et l’Algérie représentent à elles seules 79% des collectes de droits en Afrique. Mais les 67 millions d’euros collectés en 2016 (chiffres de l’organisation mondiale des sociétés d’auteurs, la Cisac) représentent seulement 0,7% des collectes mondiales.

video3

Yemi Alade

 

Première société d’auteurs en Afrique et dans le monde arabe, avec près de 9000 membres dans ces pays, la Sacem est donc de fait une société africaine. Notre société compte 3 500 membres originaires d’Afrique subsaharienne de toutes les générations qui électrisent les foules africaines mais aussi du monde entier. Impossible de les citer tous, mais par exemple Angélique Kidjo, Magic System, Flavour, Fally Ipupa, Toofan, Alpha Blondy, Salif Keita, Tiken Jah Fakoly, Mory Kante, Amadou et Mariam, Rokia Traoré, Imany, Inna Modja, Oumou Sangaré ou l’artiste électro sénégalais Ibaaku et tant d’autres. L’un des vice-présidents du Conseil d’administration de la Sacem cette année symbolise aussi cette multiculturalité de notre société : Wally Badarou, génie du synthétiseur qui a travaillé avec les plus grands, de Salif Keita à Mick Jagger, de Marianne Faithfull à Robert Palmer.

La Sacem, maison des créateurs du monde entier, fonctionne comme une coopérative et s’est construite sur des valeurs de solidarité qui résonnent sur un continent ou l’esprit d’entraide est justement une valeur essentielle. Acteur de la création africaine, la Sacem est fière d’être cette année le partenaire officiel du Midem African Forum.

 

SACEM – THE HOME OF AFRICAN CREATORS

sacem_afrique