Article paru dans “Le Monde” du vendredi 22 juin 2012

Par Alain Beuve-Méry

Qui pour succéder à Bernard Miyet, président du directoire de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) depuis 2001, ancien diplomate de carrière ? Dans les couloirs de la plus puissante des sociétés d’auteurs française, il se murmurait que l’on recherchait “un gros calibre” et un chef d’entreprise. Deuxième société d’auteur au monde, derrière l’ASCAP américaine, la Sacem emploie 1 400 personnes avec un fort réseau en régions. Elle gère les droits de 135 000 sociétaires dont 15 000 étrangers qui cotisent 121 euros par an et collecte 1,1 milliard d’euros.

Le choix s’est porté sur Jean-Noël Tronc, un spécialiste des tuyaux pour des producteurs de contenu. Aujourd’hui, âgé de 44 ans, cet ancien conseiller à la société de l’information de Lionel Jospin, a été l’inventeur du “.gouv.fr” quand il était au Commissariat général au plan, après avoir débuté sa carrière comme consultant chez Arthur Andersen.

Pendant cinq ans, il a été le Monsieur “Nouvelles technologies” de M. Jospin, au moment où la France a basculé dans l’ère Internet. “Il a lancé la dynamique politique sur le numérique, avant lui, il n’y avait que des rapports”, note Eric Walter, secrétaire général de la Hadopi et ancien conseiller aux nouvelles technologies de Nicolas Sarkozy.

A partir de 2002, changement de gouvernement oblige, cet homme pressé aux amitiés rocardiennes est passé dans le privé. Recruté par France Télécom, il a dirigé Orange France (7 000 collaborateurs, près de 20 millions de clients et 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires), avant d’être nommé PDG de Canal+ Overseas, la filiale internationale de la chaîne cryptée qui a connu une forte croissance.

BELLE PRISE DE GUERRE

Dans ces précédentes fonctions, il s’est taillé la réputation d’être un travailleur acharné, un redoutable organisateur et un habile négociateur. Jean-Noël Tronc fait surtout le parcours à rebours que rêvent de réaliser tous ceux qui travaillent dans les industries culturelles. Il est parti des opérateurs de contenus et se tourne vers les artistes. “Il suit le même trajet que Google et Apple, il remonte la chaîne de valeurs”, s’amuse un de ses proches qui a repris du service dans un cabinet ministériel.

“Il a plus une culture grand groupe que start-up ou ONG”, précise Maurice Ronai, son aîné de quinze ans, chercheur à l’EHESS et consultant qui le suit depuis le début des années 1990 au PS et au Plan. M. Tronc est à la fois expert du numérique – il a eu son premier Amstrad à l’âge de 7 ans -, fin connaisseur des rouages de l’Etat où son carnet d’adresse lui sera extrêmement utile et il a fait sa carrière dans de grandes entreprises comme Canal+ et Orange.

Il s’agit, en un sens, d’une belle prise de guerre pour la puissante société d’auteurs, au moment où les portes du gouvernement s’ouvraient logiquement à la nouvelle recrue. “Nous avons besoin d’un meneur d’hommes qui puisse donner des signaux clairs”, explique le chef d’orchestre Laurent Petitgirard, président du conseil d’administration de la Sacem. Il se murmurait aussi que le profil recherché était “un énarque de la culture de droite”. Rien à voir avec Jean-Noël Tronc !

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