Tribune parue dans “Ouest France” le 3 décembre 2013.

Point de vue. Par Dan Ar Braz, Miss Blue, Miossec et d’autres auteurs compositeurs bretons, membres de la Sacem (1).

Entendu récemment, à la radio, un commerçant se plaignant « des impôts, des taxes, de la Sacem ». Cet amalgame n’a aucun sens ! Sacem signifie « Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique ». C’est « notre » société, une entreprise privée – comme celle de ce commerçant qui s’en plaignait – et non une annexe des impôts.

La Sacem, société civile à but non lucratif, est la « coopérative » des créateurs : une coopérative où nous mettons en commun nos oeuvres, la musique que nous composons, les textes de chanson que nous écrivons, pour être plus forts ensemble. Grâce à cette union, nous pouvons négocier notre rémunération auprès des médias, des producteurs, des salles de spectacles, et de tous ceux qui diffusent de la musique auprès du public et ainsi obtenir le fruit de notre travail.“Le droit d’auteur, notre unique salaire”La Sacem, c’est l’unique salaire des créateurs (seule une minorité dispose d’autres revenus avec les interprétations publiques). L’an dernier, elle a réparti des droits d’auteur à plus de 50 000 auteurs et compositeurs en France, près de 120 000 autres dans le monde. Elle a aussi soutenu plus de 1 700 projets de création et artistiques, dont plus de 150 en Bretagne (festivals, salles, autoproduction, formation…), grâce à son action culturelle.

Nous, auteurs, compositeurs, arrangeurs et éditeurs, sommes des investisseurs individuels, des travailleurs indépendants : nous créons une musique, écrivons des paroles, et nous ne sommes pas rémunérés lors de l’écriture de nos créations. Nos droits d’auteur sont un paiement différé, notre seule rémunération : nous ne la recevons que si nos oeuvres sont diffusées, si elles rencontrent l’oreille du public. Nous ne sommes pas des nantis (près de la moitié d’entre nous touche des droits d’auteurs inférieurs au smic) ; une rémunération toujours incertaine et dépendante de la reconnaissance des gens.

Lorsqu’un commerçant décide de diffuser notre musique, c’est par notre Sacem, à travers la collecte de nos droits d’auteurs, que nous recevons le paiement de ce travail artistique. Les droits acquittés par ce commerçant sont déterminés par l’utilisation de la musique qu’il en fait. Si elle est centrale à son activité (discothèque, producteur de concert…), le coût sera plus élevé que s’il utilise la musique comme simple ambiance sonore. Pour nombre de commerces, c’est moins d’un euro par jour. Moins d’un euro quotidien, pour que vivent les créateurs.

(1) Adèle, Gweltaz Adeux (EV), F. et N. Boisnard (Archimède), O.Bouganne, F. Budet, P. Butler, L. Capart, T. Chazelle, L. Cherhal, J. Chocun, J.-L. Jossic (Tri Yann), J. Cougnasse, D. Coutant, L. Cros, S. Danet (Soldat Louis), F. Dauloudet, D. Darricarrère (Do you like), Da Silva, K. W. Davis (Malted Milk), G. Delahaye, R. Detressan (Soldat Louis), T. Fournier, A. Fradin (Malted Milk), E. Grandjean, C. Guyomard, Gwennyn, J. Herissé, Alexis HK, K. Huet, K. Kacel, D. Lambert, J.-L. Le Vallegant, Manou (Elmer Foof Beat), C. Mehat, Miossec, D. Monceau, J. Mourier (Digresk), G. Oryema, P. Paichereau, P. Papin, H. Pluviose, P. Preumont, A. Rechin (Pony Pony Run Run), J.-P. Riou (Red Cardell), C. Rocher (Nautilis), V. Rodriguez, G. Servat, A. Simon, D. Sonic, A. Stivell, V. Spatari, J.-P. Vidal.